Il ne faisait pas nuit et personne ne dansait autour du feu... Et même si des vignerons de avaient apporté leurs instruments de musique, l'heure n'était pas à la fête. L'émotion mouillait les yeux et faisait dérailler les voix.

Il faut dire que ce feu de la Saint Jean, organisé ce vendredi 24 juin au Domaine de la Source à Saint Julien de Chédon, ne ressemblait à aucun autre.

Avec une centaine de voisins et amis, de représentants de la Confédération Paysanne et la quasi-totalité des pépiniéristes du Loir-et-Cher, Grégory Loras, vigneron-pépiniériste au domaine de la Source, faisait brûler 12 000 plants de visés par un arrêté de destruction.

"Réglementairement parlant, cet arrêté de destruction est parfaitement justifié" a expliqué Grégory Loras. A la demande de viticulteurs pratiquant l'agriculture biologique, Grégory Loras a prélevé en Bourgogne des plants sur une vigne issue de sélection massale : une technique ancienne qui consiste à prélever des boutures sur des ceps choisis pour leurs qualités, contrairement à la sélection clonale qui consiste à obtenir des boutures par multiplication végétative à partir d'une seule vigne mère.

Mais Grégory Loras n'a pas respecté les procédures qui prévoient que les prélèvements ne peuvent être effectués que dans des parcelles contrôlées et certifiées indemnes de maladie. Il n'a pas non plus respecté les contraintes liées au transport de greffons d'un vignoble à un autre. "Je ne suis ni juriste, ni avocat. J'ai commis une erreur de jeunesse mais il est difficile de s'y retrouver dans le maquis des lois et réglements" se défend le vigneron qui, comme ses collègues pépiniéristes, aurait souhaité que l'administration accorde une dérogation pour éviter la destruction des plants.

Pascal Frissant, responsable de la commission viticole de la Confédération Paysanne, a préféré insisté sur l'opposition entre "les paysans qui ouvrent de nouvelles pistes en pratiquant l'agriculture biologique et en utilisant des sélections massales" et "la république totatalitaire des agents psycho-rigides de l'Onivins, où des petits chefs espèrent se grandir en faisant du zèle". "Nous devons rédiger des propositions pour que ça n'arrive plus jamais et pour que les pratiques alternatives soient reconnues" ajoutait le syndicaliste, vigneron dans le Minervois.

"Les sélections massales ne sont ni interdites ni découragées par l'Onivins mais il y a des règles qui doivent être respectées pour garantir la qualité sanitaire et génétique des greffons" nous expliquait plus tard Pierre Rayer, directeur régional de l'Onivins.

"Au-delà de ce cas particulier, c'est pour protester contre la pression de l'administration que nous sommes réunis" a expliqué Jean-Pierre Mercier, président de la Fédération Française de la Pépinière Viticole, lui-même contraint il y a deux mois de détruire 87 400 plants de muscat ottonel, prélevés en Alsace et destinés à l'export. "L'administration n'a-t-elle pas mieux à faire que de harceler les plus faibles et d'apeurer les autres ?" s'est interrogé le pépiniériste de Vix en Vendée.

Alors que l'administration lui avait finalement accordé un sursis, Grégory Loras a décidé, devant huissier, de détruire ses 12 000 plants. Non sans avoir pris soin auparavant d'en distribuer à tous ceux qui étaient venus le soutenir. "Chacun de nous va planter un de ces plants chez lui, et je remettrai au ministre de l'Agriculture la liste des gens qui se mettent ainsi dans l'illégalité" a expliqué Pascal Frissant. "Dans quelques années, nous verrons si ces plants étaient aussi vérolés que le prétendaient les psycho-rigides de l'Onivins".

Mais l'Onivins n'a pas voulu entrer dans ce débat, rappelant simplement la nécessité de garantir la qualité de la pépinière viticole et l'engagement pris en juin 2005 par le Conseil Spécialisé des bois et plants de vigne de l'Onivins en faveur des sélections personnelles et de la préservation de la biodiversité.

Dans la région, tous ont en tout cas regardé la fumée qui s'élevait au-dessus de Saint-Julien de Chédon, en songeant à Grégory Loras, un jeune vigneron talentueux et énergique dont cette sombre histoire de plants de vigne a certainement précipité le dépôt de bilan...





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